• Rock / Electro en 2008

    Rock / Electro en 2008

    Par le-grec-d-esprit

    Rock / Electro en 2008 (1/3)

    Si l’on vous dit Grèce et rock, ou Grèce et electro, ça vous fera peut-être sourire. Après tout, hormis Mouskouri et Roussos pour les plus anciens, Rouvas ou Arvanithaki pour les plus jeunes, qui serait capable de citer un artiste grec ? Et pourtant, nous allons vous étonner avec quelques groupes extrêmement talentueux, dont les mp3 chargés sur clé USB, se trouvent dans de nombreuses poches de jean taille basse de Berlin à Londres, en passant Chicago …

    Le rock grec est imprudemment né dans les années 60 avec The Olympians, mais il n’a jamais dépassé les frontières du pays sauf durant la courte période de la dictature (67 – 74) où il est frappé d’anathème. Le monde entier a pu alors se trémousser sur les mélopées lascives des Aphrodite’s Childs (le groupe de Demis Roussos et de Vangelis) en exil à Paris. Mais voilà que depuis quelques années, de jeunes Grecs sans peur et sans reproche se lancent à l’assaut des hit-parades de l’Europe et même d’ailleurs. Que se passe-t-il ? La moussaka géante va-t-elle envahir le monde (allusion à un film fantastique grec récent) ?

    Nous allons vous en présenter quelque uns, en commençant par les «précurseurs » : Raining Pleasure.

    Il s’agit d’un groupe de Patras, chantant exclusivement en anglais, qui a sorti son premier album en 1996. Après un succès d’estime, ils défoncent littéralement les charts d’Athènes et de Tokyo, avec leur album «flood » (2001). Leur célèbre hit «Fake » est repris pour des campagnes publicitaires (portable) et même pour la bande son d’un film taïwanais, lui-même nominé à Venise. Deux autres jolis hits suivent. À la suite d’un vote, Raining Pleasure devient «le meilleur groupe de rock grec de tous les temps ». N’est-ce pas exagéré ?

    Hé bien non, si vous avez déjà eu l’occasion de les voir en concert comme moi (Sami, Céphalonie en août 2007), avec un chanteur à la voix suave et captivante, des musiciens qui n’ont rien à envier à ceux des Dandys Warhols ou des Pixies, des chansons qui vont de la ballade mancunosmithienne jusqu’au déluge sonore du genre Sonic Youth, bref une énergie incroyable, sans oublier les groupies sautillantes venues d’Allemagne (!), vous reconnaîtrez que c’est probablement vrai. Ce sont les meilleurs.

    Retour en arrière. En 2004, sort le troisième opus, «Forwards & Backwards », avec une reprise de « Dancing Queen » (Abba 1975), … qui se révèle être meilleure que l’originale ! Gros succès, avec là aussi, trois hits successifs. parmi lesquels «Love me, love me, love me » dont le clip rigolo gagne même le premier prix dans un festival de New York (Animation Block Party Awards 2005).

    Après une tournée en Allemagne (2004) , les Raining Pleasure sortent un album de reprise, « Reflections » du célèbre auteur Manos Hadjidakis et son New York Rock N’ Roll Ensemble (2006). Acclamations de toute la scène grecque et du public. Le groupe a un CD, « Who’s gonna tell Juliet ?»

    Rock / Electro en 2008 (2/3)

    Voilà, vous me direz qu’un pays, aussi insignifiant que la Grèce dans le domaine de la pop, ne peut pas enfanter un autre goupe d’envergure. Autrefois, les Anglo-Saxons avaient l’habitude de surnommer les films d’Ennio Morricone tournés dans la Sierra Nevada en Espagne, “Western spaghetti”. Ce n’était évidemment pas un compliment. Affublait-on les Beatles, du ragoûtant nom de “corned-beef pop ” ou les Stones du délicieux pseudo de “rock cheddar” ? Finalement l’élève rital s’est révélé bien supérieur aux maîtres, vous en conviendrez. Alors, baptisez-le comme vous voulez, “électro-souvlaki” ou “techno-mezze”, si ça flatte votre égo d’occidental inculte, mais le fait est que Thessalonique (la Salonique d’Edgar Morin), deuxième ville du pays, a enfanté tout un courant électro à faire pâlir les enfants de Kraftwerk et autres Depeche Mode.

    Commençons par Mikro :

    Déjà cinq CD depuis 1999, et une renommée qui a fait le tour du monde auprès des connaisseurs, fans des Chemical Brothers ou de Underworld. La chanteuse Ria et ses trois compères ont choisi leur langue natale pour répandre leur électro-trip-pop-rap dans les bars hard déco et enfumés du pays d’Homère. Il y a presque dix ans maintenant, un guilleret et allusif “aspri sokolata” (chocolat blanc) faisait se trémousser les clubistes locaux.

    Ils ont depuis fait les premières parties de Hooverphonics et Morrissey en enchantant un public acquis à leurs rythmes déjantés. Ils ont joué avec notamment Puressence, Ladytron, Client, Raveonettes et Archives. Nombreux ont été parmi ces derniers à saluer leur talent car les Mikro sont des rois de la scène et de l’impro. Leurs shows utilisent tous les moyens techniques à disposition (y compris à Argostoli, Céphalonie, en juin 2007, nous avons eu droit aux images synchronisées, au détournement de clips, les lasers et fumigènes, le voice-coder et bien sur le mix en direct sur ordinateur portable). De temps à autre, une guitare ou un saxo surgissent de derrière les amplis pour ajouter un timbre différent.

    Leurs hits et remixes ont été utilisés par des séries télévisées à succès (”e-mail ” et “safe sex”) et surtout par des campagnes publicitaires en tous genres. Certains de leurs morceaux sont finalement parvenus jusqu’aux oreilles des Américains, par l’intermédiaire de radios indépendantes.

    Rock / Electro en 2008 (3/3)

    Si vous avez suivi jusque là c’est bien sûr pour goûter à la cerise sur le gâteau. Voici le duo le plus prometteur de l’électro-yaourt-grec-au-miel, tendance revival 80, et peut-être de l’électro tout court. Les Ladytron et autres Goldfrapp n’ont qu’à bien se tenir ! En Grèce, on a toujours tendance à exagérer. Alors, je vous signale que cette fois-ci les Grecs ne sont pas les seuls à être dithyrambiques. Si vous faites un tour sur Amazon.co.uk ou sur le site d’Human League (les pères spirituels de ce renouveau électro), vous lirez une avalanche incroyable de compliments : “un des meilleur album de l’année 2007 (”Peek-a-Boo”)”, “Probablement l’une des chansons les plus accrocheuses venant d’Europe, ces dernières annnées (”Dreaming of Disco”)”…

    Bienvenues aux Marsheaux, deux filles, elles aussi de la ville du nord, Thessalonique.

    Un nom à coucher dehors, j’en conviens, mais est-ce plus stupide que Cabaret Voltaire, Cocteau Twins, Dépêche Mode ou Blancmange ? Oui, à l’époque post-punk-niouève c’était la mode d’avoir un nom qui sonnait français. Et puis un Marshal - des Marsheaux, c’est pourtant enfantin, non ? voilà c’est dit.

    Installées à Athènes, Sophie et Marianthi, créent leur duo en 2003. Elles entament leur carrière avec un remix de “Pop Corn” (Hot Butter 1972, le premier morceau de pop connu entièrement joué au synthétiseur), qui se révèle un bon cru avec succès à la clé. Dans la foulée, en 2004, sort leur premier album “E-Bay Queen”. Presque tout en anglais. On peut le déplorer mais Marsheaux vise sans complexe l’international. La presse ne tarit plus d’éloge sur les deux amies sérieuses derrière leurs claviers, mais toujours espiègle dans leur tête. Lors d’une tournée en Italie, le public est tellement subjugué qu’un fan crée un site rien que pour elles ! Les remix d’autres groupes se succèdent (dont un de Client, leur alter-ego anglais) tandis que les vidéo-clips bien léchés (”Hangin On” - je vous laisse découvrir le fameux sac en carton recyclé qui a fait le tour des soirées branchées) ne sont pas pour rien dans le succès sur l’internet, grâce à Myspace et autres Youtubes. À noter aussi
     la présence du chanteur de Raining Pleasure (voir le post du 20 janvier), Vassilikos, et sa voix si caractéristique dans la chanson “Promise”.

    La musique de Marsheaux encense les groupes techno-pop du tournant des années 80, comme Human League ou Yazoo auxquels le duo rend hommage régulièrement (les photos promos sont autant de clins d’oeil). Le tube “Dreaming of Disco” (déjà mentionné plus haut) issu de leur deuxième CD sonne tellement comme du bon OMD (Orchestral Manoeuvres in the Dark, à peine réformés pour une tournée mondiale), que ces derniers envisagent une collaboration. Mc Cluskey, le bassiste-chanteur d’OMD pourrait produire une reprise de “She’s leaving” (une des plus jolies ritournelles new wave de 1981) par les deux cyber-Grecques de Marsheaux. Oui, elles en veulent et iront loin.

    Dorénavant, pendant vos heures perdues de correspondance dans la capitale des Héllènes, vous pourrez vous précipiter à la nouvelle FNAC du Mall ou au Metropolis d’Athènes, pour ramener autre chose qu’une mauvaise compilation de sirtaki (tout ce qui est grec et bouge du derrière est élégamment baptisé de ce joli nom, alors qu’il existe des dizaines d’autres danses), en bref un CD barré de la bannière grecque que vous aurez trouvé dans une ignoble échoppe touristique de Plaka, entre un discobole affriolant et un koboloy coloré made in China.


  • Commentaires

    1
    Varancle
    Mardi 24 Février 2009 à 11:09
    Tr?bon article, merci pour ces infos.
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